INTERVENTION D’AGNES JAOUI

A LA CEREMONIE DES CESARS – THEATRE DU CHATELET – 21 FEVRIER 2004 *

 

Bonsoir,

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Monsieur le Ministre et ses Conseillers, on m’a demandé de venir vous parler et j’ai hésité, d’une part parce que je ne suis le porte-parole de personne et d’autre part parce que je doute de l’efficacité de cette démarche.

 

Mais j’ai accepté, d’abord parce que avec ce genre d’argument, on ne fait jamais rien et d’autre part parce que je veux croire à une issue possible.

 

Car si vous avez persisté, Monsieur Aillagon, à déclarer que nous vous avions mal lu, je pense, je suis sûre que vous nous avez mal entendu. Le protocole, contre lequel la plupart des intermittents du spectacle s’étaient battus, est maintenant entré en vigueur et malheureusement, nous vous avions bien lu et nous avions raison d’être inquiets et de nous battre.

Car ce protocole, censé professionnaliser et moraliser, n’a puni aucune conduite immorale et a commencé à exclure de la profession nombre d’entre nous : les plus faibles, ceux qui ont le plus besoin de notre aide, jusqu’aux malades et aux femmes enceintes qui se retrouvent à présent dans une détresse véritable.

Et je ne parle pas des subventions coupées, des compagnies à l’agonie et des festivals menacés.

 

Monsieur le Ministre, il y aura toujours moyen de faire des économies sur la culture, comme sur la recherche, l’archéologie et d’autres domaines, car nous sommes des minorités économiques et que nous ne savons pas toujours nous défendre.

 

Mais, songez à tous les pays qui ont tiré un trait sur ces domaines. Nous avons une diversité culturelle que le monde entier admire et qui survivait miraculeusement et vous êtes en train, à coups de lois absurdes, de l’anéantir. Nous sommes obligés de réagir.

 

Je sais, nous savons tous que la situation est dure pour beaucoup de gens et nous savons que des réformes doivent être faites. Ainsi, nous avions travaillé (nous, « fainéants ») à un contre-protocole qui sera officiellement présenté le 25 février à l’Assemblée Nationale.

Nous vous demandons de le considérer.

 

J’espère sincèrement que je ne me suis pas trompée d’interlocuteur et que je n’aurais pas mieux fait de m’adresser directement au MEDEF.

 

Je terminerai par une citation : « La culture et la création sont des activités irréductibles aux lois du marché ». C’est signé Jacques Chirac.

 

Merci. Bonsoir.

 

*     Gad Elmaleh, présentateur de la soirée annonce que la Fédération CGT du Spectacle, le Mouvement des Intermittents, la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile de France et la Société des Réalisateurs de Films ont demandé à une personnalité concernée [Agnès Jaoui] de venir s’exprimer en leur nom.